Au gré des ruelles, le plus bel endroit pour déboucher sur le marché de Jérusalem est d'y arriver par un arc de pierres du quartier de Nahlaot.
Oui, c'est bien au marché que nous allons, à Mahané Yéhuda, c'est son nom.
Son ambiance a l'odeur et la couleur des épices orientales.
Et si, comme j'ai tout lieu de le croire, vous vous êtes perdus dans les ruelles étroites de Nahlaot, vous n'avez qu'à suivre quelqu'un qui a une tirette ou des paniers vides.
Regardez. Cette femme y va sûrement.
Rehov HaHermon. La ruelle se rétrécit; au bout, une arcade cossue, trois petites marches timides, eh voilà. Vous êtes dans la rue Agrippas, il n'y a qu'à traverser, le marché est face à vous.
Vous pouvez presque le prendre dans les bras!
Eh!. Regardez à gauche en traversant. Les voitures roulent lentement parce que tout le monde traverse sans loi et que les automobilistes cherchent une place qu'ils n'ont aucune chance de trouver, mais regardez quand même en traversant.
Il va falloir choisir. Encore choisir. Dans quelle allée voulez-vous vous engager ?
L'allée couverte, la grande allée découverte, ou la petite allée?
La petite, là en face?
Permettez-moi de vous conseiller les “rogueleh” sur la droite, ces mini croissants au chocolat ont un joli goût de pâte d'amande, ils sont un peu collants, même très collants, ils sont petits, à vrai dire, vraiment petits, ils sont... un délice. Par la même occasion, vous goûterez leurs petits gâteaux secs. Pas si secs.
Le marché, une fois par semaine, peut-être plus, mais surtout pas moins.
Vous n'allez pas prendre une petite allée pour votre première visite. Il faut prendre les grandes lignes. Vous vous aventurerez plus tard.
Des soldats? Oui il y a des soldats aux entrées du marché.Ce sont surtout les soldates qui surveillent ici. Un jour j'en ai vu avec un petit livre de Téhilim. Une soldate qui lit des psaumes; ça fait partie des images de la ville.
Parlant d'aventure, il faut que je vous fasse connaître le marchand d'herbes fraîches, il y en a plusieurs, mais celui-là, j'aime le désordre de son étalage. Il se trouve dans une contre-allée, il vend ses bottes de verdure mal ficelées pour un shékèl ou deux.
Du persil, du kusbera (persil ciselé), de la menthe, de la ciboulette, des petits oignons verts... il vend des champignons de Paris qui ne viennent pas de Paris, du chou chinois qui se nomme ici salade ronde ou salade américaine, il vend des pousses de soja, il vend...
Les herbes sèches? C'est ailleurs, dans les grands sacs de toile de jute.
Qu'est ce que vous regardez? Trois hommes assis sur des cageots en bois qui mangent chacun une pita-falafel . Vous voulez la même chose?
Je vois qu'on va passer la journée ici.
On a dit, d'abord, les sacs de jute.
Les feuilles de menthe, les bâtons de cannelle, les pétales de roses, les boutons de roses, les feuilles de zahatar, les piments rouges séchés...
Vous avez l'air tout pâle? Je vous amène d'urgence au stand de falafel (boulette de pois chiche écrasés).
Qu'est ce que vous voulez dans votre pita ? (pita: pain rond et plat).
La pita-falafel conventionnelle est constituée d'une cuillère de humous généreusement étalée sur les parois internes de la pita, quelques boules de falafel, de la salade de tomates-concombres-herbes coupés très fin, des cornichons au vinaigre, une grosse pincée de frites, le tout arrosé de tehina (crème de graines de sésame) qui rend l'affaire très imbibée et succeptible de se démanteler à la première pression.
“Harif ?”
Répondez. Il vous demande si vous voulez du piquant.
Réfléchissez avant de répondre.
... Réfléchissez vite, il y a des gens qui attendent derrière vous.
Aller. Vite, vite. Le pays est pressé.
Eh bien, vous voilà fin avec ce mastodonte entre les mains.
Une petite serviette en papier?
Je vous assure que les trois gars assis sur les cageots n'en avaient pas. C'est un article en voie de disparition dans les stands de falafel.
Tous pareils. La première fois on tient ça délicatement entre le pouce et l'index, mais on a vite fait de comprendre qu'il faut la prendre à pleine mains sans se demander de quoi on a l'air, et surtout, se pencher un peu en avant : ça coule.
Un grand Merci a Hélène Szmulewicz qui par ses mots nous fait découvrir Israel...